Mon père, son cœur, et une app de respiration
Pourquoi j'ai passé trois mois de mes soirées à coder une app de respiration. L'histoire commence par mon père.
Mon père est anxieux. Il l'a toujours été.
Gamin, je ne mettais pas de mot dessus. Je voyais juste un père qui montait vite en pression, qui pouvait s'emporter pour un rien, et qui mettait des heures à redescendre. Avec le temps, j'ai compris que ce n'était pas de la colère — c'était de l'anxiété. La colère, c'était juste la soupape.
Et puis son cœur a lâché.
Je ne vais pas rentrer dans les détails, ce n'est pas mon histoire à raconter entièrement. Il a fallu passer par l'hôpital, par des moments pas faciles. Les médecins ont été clairs sur le lien entre le stress chronique et ce qui lui arrivait. Des années à serrer les dents, à encaisser sans jamais relâcher, ça finit par laisser des traces.
Ce qui m'a marqué, c'est ce que j'ai découvert après. En cherchant, en lisant, en essayant de comprendre ce qui aurait pu être fait en amont. La cohérence cardiaque, la respiration guidée — des techniques simples, accessibles, documentées. Cinq secondes d'inspiration, cinq secondes d'expiration, pendant cinq minutes. Ça ne remplace pas un cardiologue. Mais ça aide à ne pas en arriver là.
Cinq minutes par jour pour baisser son rythme cardiaque, calmer son système nerveux, casser le cercle du stress avant qu'il ne fasse des dégâts. Et personne autour de moi ne connaissait ces techniques. Mon père encore moins.
Le truc qui manquait
J'ai commencé à chercher des apps. Il en existe des dizaines — Petit Bambou, Headspace, Calm. Des apps bien faites, souvent jolies. Mais à chaque fois, quelque chose me gênait.
Soit c'était payant (abonnement mensuel pour respirer, quand même). Soit il fallait créer un compte. Soit l'app te noie sous du contenu : méditations, cours, programmes de huit semaines. Mon père n'a pas besoin d'un coach de vie. Il a besoin d'un truc qui l'aide à respirer pendant cinq minutes quand il sent la pression monter.
J'ai cherché un outil simple, gratuit, sans compte, qui fait une chose et qui la fait bien. Je ne l'ai pas trouvé.
Trois mois de soirées
Je suis développeur. Pas développeur iOS — ou du moins, pas encore à l'époque. J'avais touché à Swift sur quelques projets, suivi des tutos, bidouillé des trucs. Mais je n'avais jamais rien publié sur l'App Store.
L'idée de Souffle m'a donné une excuse parfaite pour plonger. Apprendre la stack complète : SwiftUI, SwiftData, HealthKit, AVFoundation, CoreHaptics. Comprendre ce que ça implique de passer de "ça marche sur mon simulateur" à "c'est sur le téléphone de quelqu'un".
J'ai bossé les soirs et les weekends, avec Claude Code en binôme. Pas en mode "génère-moi une app" — plutôt comme un pote senior qui connaît la stack sur le bout des doigts. Je lui posais des questions, on débattait d'architecture, il me débloquait quand je tournais en rond sur un problème de HealthKit à 23h. Le code, c'est moi qui l'écrivais. Lui, il m'évitait de perdre trois heures sur Stack Overflow.
Trois mois comme ça. Pas à temps plein — entre le taf, la vie, les moments où la motivation flanche. Mais trois mois quand même.
Là où j'ai le plus galéré, c'est sur le design. Je suis dev, pas designer. Trouver les bonnes couleurs, le bon espacement, la bonne hiérarchie visuelle — c'est un métier à part entière et je le mesure mieux aujourd'hui. Le résultat n'est pas parfait. Je le sais, et je compte l'améliorer au fil des versions.
Mais le cœur de l'app, lui, fonctionne. Tu ouvres Souffle, tu choisis un programme, tu respires. Pas de compte, pas d'abonnement, pas de données qui partent sur un serveur. Tout reste sur ton téléphone.
Mon premier bêta-testeur
Mon père.
Je lui ai mis l'app sur son iPhone un dimanche. Il m'a regardé avec cet air de "si ça te fait plaisir". Sceptique. Normal — c'est un homme qui n'a jamais médité de sa vie, qui trouve ces trucs-là un peu farfelus.
Les premières semaines, rien. Je n'osais pas trop lui en parler, de peur de le braquer. Et puis un soir, il m'a dit qu'il avait essayé. "Le truc avec la fleur, là." L'animation de respiration. Il avait lancé la cohérence cardiaque, cinq minutes avant de dormir. Et il avait trouvé ça "pas mal".
Venant de mon père, "pas mal", c'est presque un standing ovation.
Il s'y est mis progressivement. Pas tous les jours. Pas religieusement. Mais il y revient. Et c'est tout ce que je demandais.
Pourquoi j'écris ça
Souffle est sur l'App Store maintenant. Gratuite, totalement fonctionnelle, sans pub. Il y a des achats intégrés, mais ils ne débloquent rien — c'est juste un bouton "offrir un café" pour ceux qui veulent m'aider à couvrir les frais. Ce n'est pas un business plan, c'est un projet personnel qui s'est transformé en quelque chose que d'autres peuvent utiliser.
Si vous êtes stressé, anxieux, ou juste curieux, essayez. Cinq minutes. Ça ne coûte rien et ça ne demande rien.
Et si vous avez quelqu'un dans votre entourage qui a du mal à relâcher la pression — un parent, un ami, un collègue — envoyez-lui le lien. Parfois c'est plus facile de respirer quand une app te guide que quand ton fils te dit de te calmer.
Croyez-moi, j'ai testé les deux.
— Pato
Cet article fait partie d'une série sur la création de Souffle. Le prochain article parlera du parcours technique : de la première ligne de Swift à la soumission sur l'App Store.